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Tibet - Lhassa


de Patrick, 31-05-2005

0.043 an au Tibet




Route Katmamdu-Lhassa
La Frienship Highway, une piste de 4x4 longue de 1000km, sépare ces 2 villes. Il faut compter 4 à 5 jours de route pour rejoindre Lhassa.
Pour le droit d'entrée au Tibet, juste après le grand pont sino-nepalais, les touristes et les locaux se confrontent à la corruption de l'administration chinoise. Les douaniers sont rigides et nous parlent en chinois, je leur réponds froidement en français. Après 3h de pagaille et de patience, on entre à Nyalam, la ville frontalière tibétaine. C'est une déception; accueil avec drapeau rouge, gros bâtiments gris, restaurants tristes, toute la ville est chinoise et sans âme.
Ouf, voila notre bus tout terrain pour Lhassa avec un guide tibétain un peu douteux.

1er, 2eme, 3eme et 4eme jour
La route est vraiment incroyable; on traverse des paysages somptueux et lointains, des passages de cols à plus de 5000m, à droite la chaîne himalayenne côté face nord avec la pointe de l'Everest en vue. On prend des pauses dans des villages typiquement tibétains perdus au milieu de nulle part et la rencontre de la population avec leurs yacks est fascinante.
Tout le long du trajet, tous les passagers étaient émerveillés de ce décor si diffèrent chaque jour, on répétait souvent « it’s amazing !». Une bonne ambiance s’est installée dans le minibus surtout grâce à 2 british bien fêlés et un guitariste québécois jouant du Radiohead et du Beatles, c'est beaucoup mieux que la radio communiste. Il y avait aussi une charmante hollandaise, 4 très jeunes israéliens, une coréenne, un japonais, un ch’ti, 2 parisiennes et un couple allemand, tous très sympa.
Le voyage a été éprouvant par le décalage horaire, le mal des montagnes et les secousses "sismiques" dans le véhicule, les 10 heures de bus chaque jour nous exterminaient le soir.
Même notre bus n'a pas tenu le choc: une suspension à lamelle morte et une fuite d'eau du radiateur au bout du 2eme jour. Heureusement qu'un autre bus touristique nous a pris en stop dans le désert.

Lhassa, Chinois, la rage
Arrivée à Lhassa dans la plus grande déception, on s'y attendait un peu en traversant d'autres villes.
Autour de la capitale, la construction d’une ligne ferroviaire pour 2007 défigure le paysage, une sorte de grande muraille moderne. Des grosses usines polluantes se sont installées trop près des belles montagnes enneigées.
En ville, les rues sont droites, larges et prêtes à accueillir plus de trafic chinois, elles sont bordées de boutiques de mode et de high tech. Les bâtiments déjà tristes sont couverts d'affiches commerciales immondes. Bref c'est l'horreur, aucun charme, aucune conservation de la ville d'époque, c'est l'invasion petrochina, china post, china telecom, bank of china, made in china.
Rageant aussi, dans les cybercafés il est impossible d’afficher une page web française ou autre concernant le Tibet, de l’autocensure sur le net sans scrupules.
Il reste heureusement quelques quartiers tibétains authentiques bien chaleureux, pourvu que ça dure.
Free Tibet.

Le Potala, le pauvre.
Une merveille complètement défigurée.
A l'extérieur, boutiques et grandes rues évidement, construction d'un parc moderne en face et au pied du Potala rénovation ou destruction du vieux village tibétains, on sait pas !
A l'intérieur, photos interdites, vigiles avec oreillettes, flics niais, vidéo surveillance dans chaque pièce et moines avec portable. Dommage pour cette ambiance car les lieux sont chargés d’histoires et les pièces décorées sont monumentales.



Oyé Oyé
Je n'ai pas rencontré beaucoup de chinois souriant et aimable, y compris entre eux. Les militaires et les flics, de vrai tête à claque, encore plus qu'ailleurs.
Aucun ne parle anglais, pas un seul mot, on t'adresse directement en mandarin, « hein ». Plus honteux quand il s'agit d'un banquier, informaticien, pharmacien, chauffeur de taxi, hôtelier et restaurateur.
Et puis tout est écrit en hiéroglyphe chinois, c'est peut-être joli mais démerde toi pour comprendre. Vu le nombreux de touristes, et tant mieux pour le Tibet, ils ont intérêt à changer de mentalité.
Les tibétains, les pauvres, beaucoup sont devenus mendiants y compris certains moines, on dirait une coutume, tout est fait pour éradiquer leurs cultures. Malgré leur situation catastrophique, ils restent vraiment adorables et joyeux, ils méritent du respect. J’ai honte de ne voir aucune action des nations unies au secours du Tibet depuis 50ans, ils sont ignorés. Le monde est dirigé par un petit groupe d’hommes politiques au superpouvoir d’inhumanité.
J'ai vu le désastre culturel, je pense que le désastre humain est pire, mais on nous le cache.
Le mieux, c'est de quitter la ville avant de tout foutre en l’air.

5 lieux qui m'ont apaisés:
Monastère de Sera
Au nord de Lhassa et au pied d'une colline, un site du XVs restauré à l'origine après la destruction des monastères dans tout le Tibet. Un lieu sublime composé de belles vieilles maisons, temples et des moines débâtant joyeusement dans une cour. Plus haut, une vue magnifique sur la ville moderne et les hautes montagnes au fond.
J'ai adoré.

Monastère de Drepung
Plus à l'ouest de la ville, comme Sera mais plus grand et plus pittoresque. J’ai aperçu un temple de 2000m2, une cuisine gigantesque pour tous ces féroces moines, et beaucoup de belles choses. Je me souviendrais de ce moine gargantuesque, la carrure d'un rugbyman néo-zélandais. Il pourrait écraser un par un tous ces chinois.
J'ai vraiment adoré

Monastère de Ganden
A 1h à l'est de Lhassa si le chauffeur est speed. On y va très tôt avec un bus de pèlerins, une bonne expérience. Le monastère est perché dans le revers d'une montagne, on le découvre seulement au pied des lacets de la route.
A 4700m de haut et plus à pied, le bus s’arrête sur une vue imprenable, le site est incroyablement sublime sur son monticule. Pour l'histoire, tout a été bombarde par les tanks de Mao et des moines ont étaient assassinés sur place. Les villageois effacent cette tragédie et le reconstruisent encore à l'ancienne, courageux, moi, le fait de monter des escaliers m'épuise vite.
J'ai encore adoré

Il y a encore plein d'autres monastères, mais c'est crevant au bout du 3eme.

Le Lac de Namtso
Un des plus haut lac salé au monde situe à 4700m (encore).
On prend un bus très tôt, 5h de route pour rejoindre un col (j'ai oublie le nom) et on redescend dans le plateau du Tibet central.
Waouh, c'est trop trop beau. Une immense plaine aride et sauvage, on croise quelques nomades et de nombreux yacks énormes. Les nuages sont s'y bas, un peu plus grand et j'aurais pu les toucher. Tout autour, s'étale une longue chaîne de montagne, elle n'est pas très haute et pourtant voisine les 7000m. Et ce lac, une pure beauté, une couleur turquoise qui calme bien. Je n'ai pas vu d'aussi belles couleurs depuis longtemps.
On était tous d'accord, ce lieu est fabuleux.

Le Folk Music Bar
Un petit pub que j'aimerais bien avoir en face de chez moi.
Le rendez-vous nocturne des routards et des bons chinois. On écoute de la bonne musique; Massive Attack, Moby et world music ou son CD. Un lieu cosy avec quelques tables et bancs, une mezzanine avec pleins de coussins pour discuter tranquillement, décorée aux murs de photos du Tibet, quelques dessins à la craie, une belle collection de guitare et même un accordéon! Et des serveuses souriantes et mignonnes en prime.
Tous les soirs, le patron nous offre un petit concert très chaud, tu peux l'accompagner au djembé. Après quelques bonnes Lhasa Beer, on fait un peu de place et l'endroit devient disco'night club. Vraiment une excellente ambiance, c'est l’endroit des bonnes rencontres et de franches rigolades. Il ferme quand le dernier n'a plus soif, généralement à 2h du mat ou 4h si je suis en forme ;-)
Cet endroit va beaucoup me manquer.

Bye Bye China
Fin mai, je quitte Lhassa tristement après 15 jours d'amitié avec ce peuple tibétains et ces paysages.
Je dis au revoir à de nombreux amis avec qui j'ai voyagé depuis longtemps, avec qui j'ai fait le tour de l’Annapurnas, avec qui j'ai partagé le Tibet. Ils vont me manquer, les tibétains aussi, je continuerais à me battre pour eux.
Retour en bus vers Kathmandu, je me cache sous ma capuche.
Solo voy con mi pena......

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